CRITIQUES LITTERAIRES
Publié le 18/10/2009 à 18:58 par blogart
Laurent Gaudé - La Porte des Enfers
ACTES SUD – 267 pages
Laurent Gaudé nous avait déjà habitué à des romans puissants (je pense notamment ici à son Goncourt 2004 – Sous le soleil des Scorta, roman non critiqué dans Blogart mais que je ne peux que recommander), puissants dans leurs styles mais aussi par l’originalité de leurs récits.
Comme dans son Goncourt, nous sommes toujours en Italie, plus précisément à Naples. Dans une Naples gangrénée par la mafia où les règlements de compte sont légion à travers les petites rues ensoleillées de la vieille ville.
Notre histoire commence lors d’une de ces rixes entre mafieux, une balle perdue et la vie bascule. Elle bascule pour Matteo chauffeur de taxi qui perd subitement son fils tué à l’âge de 6 ans, comme ça, bêtement, au milieu de la rue, alors qu’il se rend avec son père à l’école.
Laurent Gaudé nous emmène dans un récit où la vie et la mort s’entremêlent.
Matteo, héro malgré lui, guidé par le chagrin, s’en va au-delà de la mort chercher Filippo pour le rendre à sa mère détruite à jamais par la perte de son fils.
« La porte des Enfers » ne nous laisse pas intact. Ce roman interpelle les judéo-chrétiens que nous sommes. A la manière des tableaux de la renaissance (de la renaissance Napolitaine), l’auteur décrit des Enfers effrayants d’angoisse et de souffrance.
Qui d’entre nous, dans le malheur et la désespérance, ne donnerait pas sa vie pour retrouver un fils mort. L’auteur aborde ce thème mais aussi, plus largement, rend hommage à tous ces disparus que nous regrettons et qui nous ont rendus heureux.
Pour Laurent Gaudé, ils nous attendent, nous les reverrons.
Un roman grave et émouvant !
Interview de Laurent Gaudé :
http://vdegalzain.wordpress.com/2008/09/23/laurent-gaude-interview/
Et vous, qu’en pensez-vous ? Votre avis nous intéresse.
Selon leurs pertinences, vos commentaires sont susceptibles d’être publiés à la suite de cet article (nous nous réservons le droit de les publier ou pas).
Pierre MOLINA
Publié le 27/09/2009 à 19:21 par blogart
Frédéric BEIGBEDER - Un roman français
GRASSET – 280 pages - Prix Renaudot 2009
Pour ma part, contre toute attente, ce roman est une réussite.
Le personnage médiatique, l’auteur de « 99 francs » au mieux assez drôle au pire terriblement showbizz se transforme ici en écrivain talentueux et indéniablement profond.
Frédéric Beigbéder se dévoile et nous raconte. Nous raconte son enfance, ses conflits avec son frère, l’image omniprésente du père, le divorce de ses parents et lui, ado perdu, qui se débat, se cherche, et qui, écrasé par une admiration sans faille pour son grand frère, se renvoie une image terriblement quelconque de lui même.
La star du petit écran enlève sa carapace et nous dévoile son humanité.
Le texte est un florilège de références aux années 80. Les chansons, les grandes marques, la technologie d’alors, tout y est exposé avec humour et sensibilité. Vous l’avez compris, ce roman s’adresse d’abord aux « quadra ».
C’est lors d’une arrestation par la police et durant une garde à vue qui vaut le détour, que Frédéric Beigbéder ressent la nécessité d’écrire cette autobiographie. Probablement le choc psychologique de la détention qui restera un grand moment de solitude pour notre auteur petit bourgeois qui ne connait rien à la vie.
Un conseil Monsieur Beigbéder, faites-vous arrêter de temps en temps par la police, les motifs ne manquent pas, votre imagination fertile trouvera sans mal un moyen d’accéder aux geôles françaises. Ce lieu semble vous inspirer, vous faire murir, vous donner de l’épaisseur !
Ce roman vaut par son style et sa sincérité.
Bonne lecture !
Lecture par l'auteur :
Interview :
Pierre MOLINA
Publié le 20/09/2009 à 18:40 par blogart
Alexandra Strauss - Les démons de Jérôme Bosch
TELEMAQUE – 208 pages
On ne sait pas grand-chose de la vie de Jérôme Bosch.
Alexandra Strauss s’inspire du célèbre tableau « Le jardin des délices » (triptyque peint entre 1500 et 1505) pour décrypter le caractère de l’artiste épris de fantasmes et de cauchemars.
L’œuvre d’Alexandra Strauss nous emmène dans les Flandres du XVème siècle, dans cette époque où la religion est omniprésente et structure l’imaginaire des artistes.
Jérôme Bosch est un artiste à part, c’est l’hérésie qui l’inspire, le tableau « Le jardin des délices » en est un parfait exemple car il nous montre des scènes où le péché est représenté par des allégories qui, aujourd’hui, nous font rire, mais qui, à l’origine étaient effrayantes.
Ce roman nous raconte la vie du peintre de sa jeunesse à sa mort par l’intermédiaire de sa femme qui écrit sa vie et se remémore :
« “Moi, Aleyt van Meervenne, épouse Bosch, je ne suis pas femme de lettres… si je prends la décision aujourd’hui, en ce froid mois de novembre 1516, de m’asseoir pour remplir ces feuillets, c’est que j’ai partagé pendant plus de trente ans la vie d’un homme si discret, que je crains qu’il ne disparaisse dans le gouffre béant de la mémoire des hommes. »
Dans un style qui nous rappelle « La jeune fille à la perle », ou la trilogie de Sophie Chauveau, ce livre nous fait voyager dans une époque et des lieux peu ou mal connus, celui de la Renaissance flamande.
Un bon roman à recommander.
Pour en savoir Plus :
Jérôme Bosch est né vers 1450 à Bois-le-Duc ('s-Hertogenbosch, d'une famille modeste originaire d'Aix-la-Chapelle (van Aken = d'Aix-la-Chapelle), venue s'installer aux Pays-Bas deux siècles plus tôt. Son grand-père Jan van Aken et son père Anthonis van Aken ont aussi exercé le métier de peintre.
Épousant en 1480 une fille de riche aristocrate, il est accueilli comme « membre notable » par la confrérie Notre-Dame, association religieuse consacrée au culte de la Vierge, dont il devient naturellement le peintre attitré. Sa vie à Bois-le-Duc se déroule alors paisiblement entre sa femme, son atelier et la confrérie, ce qui n’empêchera pas sa renommée de s’étendre bien au-delà des frontières de son pays natal.
C’est dans ses lectures et dans l’atmosphère d’hérésie et de mysticisme régnant alors, que Bosch puise une inspiration nouvelle, qui lui fait délaisser l’iconographie traditionnelle de ses débuts, pour s’orienter vers des œuvres « sacrilèges » où le religieux se confronte au péché et à la damnation.
Bonne lecture !
Le jardin des délices :
Jérôme Bosch :
Critiqué dans Blogart : Trilogie de Sophie Chauveau :
http://blogart.centerblog.net/3622344-L-OBSESSION-VINCI-
Pierre MOLINA
Publié le 13/09/2009 à 18:37 par blogart
Gary Jennings - Marco Polo – Les voyages interdits : A la cour du grand Khan
TELEMAQUE – Tome 2 : 685 pages
C’est le second tome du roman de Gary Jennings.
Marco Polo arrive enfin en Chine après 4 ans de voyage (décrits dans le premier tome). Il y restera 12 ans au service du grand Khan.
G. Jennings nous plonge dans la civilisation chinoise du treizième siècle, avec ces extrêmes raffinements de confort et de volupté mais aussi de mise à mort par les pires tortures (la mort des mille) décrites avec le plus grand soin par l’auteur.
Ce roman nous fait voyager à la manière des contes des mille et une nuits. C’est une extraordinaire évasion en dehors de tout monde connu.
Jennings profite de ce roman pour décrire avec une remarquable précision, les fabuleuses découvertes de Marco Polo, les feux d’artifice, les billets de banque et les nombreuses autres inventions que la civilisation chinoise nous a apportés.
Ce roman nous cultive, nous apprend la géographie, nous fait mieux comprendre les autres civilisations. Il nous donne une leçon de tolérance.
Un vrai régal pour ceux qui n’hésitent pas à se lancer dans de grandes fresques romanesques.
Très bonne lecture !
Pierre MOLINA
Publié le 28/06/2009 à 10:55 par blogart
Yves-Alexandre Thalmann / Illustration Jean Augagneur
Petit cahier d’exercices d’entraînement au bonheur
Jouvence éditions – 2009 – 63 Pages
« Quand on n’a pas ce que l’on aime, il faut aimer ce que l’on a. » - Serge Gainsbourg
A méditer !
Et celle là aussi (pour les bons en math) :
L’équation de bonheur : "Bonheur = Satisfaction / Désirs"
Ce qu’il faut en déduire : « On peut augmenter son bonheur en accroissant le nombre des ses satisfactions (mode occidentale), mais aussi en diminuant la quantité des ses désirs (voie orientale).»
Ça laisse penseur non !?
Dans ces temps de crise où le bonheur se fait parfois plus rare, ce petit cahier est un « livrecament » (ou livre médicament à l’instar des alicaments pour les aliments) pour les dépressifs mais aussi les autres qui feraient bien de remettre en cause de temps en temps le mode de vie occidentale, souvent source de stress et de perte de vue du bonheur, à défaut d’aller le chercher là où il se trouve, c'est-à-dire à côté de nous.
Vous l’avez compris, ce mode d’emploi du bonheur vous aidera à trouver celui-ci quand vous l’avez perdu de vue. Alors évidemment il n’est pas la solution à tous les malheurs, mais bon, il peut remettre certains sur les rails.
Des exercices (très simples rassurez-vous) sont prévus pour concrétiser l’apprentissage.
Ce cahier d’exercices vous propose un mode de vie, un mode d’emploi des réflexes à acquérir ou à retrouver pour voir la vie en rose.
Ce petit livre sans prétention, est d’abord très intelligent, pertinent et bourré de bon sens.
Joyeuse lecture !
Pierre MOLINA
Publié le 21/06/2009 à 19:41 par blogart
Philippe Claudel – La rapport de Brodeck
Roman Stock / Le livre de poche – 2009 – 375 Pages
Avec ce remarquable roman, Philippe Claudel a reçu le prix Goncourt des lycéens en 2008.
Un roman grave par le sujet ou plutôt les sujets abordés. L’incompréhension et l’intolérance envers l’autre, l’étranger, celui qui un jour arrive dans un petit village de l’Est de la France.
Personne ne le connait, alors il est suspect. Au début on le tolère, puis il devient inquiétant alors d’un commun accord on le tue.
Brodeck est juif, il sera déporté séparé de sa femme, de sa famille, durant les années noires de l’holocauste.
Philippe Claudel tel Primo Levi nous décrit l’indicible des camps d’extermination, des conditions de déportation, de la « vie » de déportés et de Brodeck le chien d’un nazi dans les camps de la mort. Le chien oui, il marchera à quatre pattes, en laisse, et dormira dans une niche… l’humiliation est à son comble, mais l’homme, Brodeck, survivra.
Brodeck revient dans son village il est le lettré car il est le seul à avoir fait quelques études avant la guerre. Alors, logiquement, le maire le désigne pour rédiger un rapport qui expliquera pour l’administration les circonstances de la mort de l’étranger.
L’intolérance des villageois, l’intolérance Nazi, l’intolérance de l’homme, voilà le maitre mot de ce roman exceptionnel.
D’un style remarquable, ce roman est fort, il ne laisse pas intact, notamment pour ma part, pour les descriptions effrayantes de la vie dans les camps.
A lire absolument !
Résumé du Roman
Le métier de Brodeck n’est pas de raconter des histoires. Son activité consiste à établir de brèves notices sur l’état de la flore, des arbres, des saisons et du gibier, de la neige et des pluies, un travail sans importance pour son administration. Brodeck ne sait même pas si ses rapports parviennent à destination. Depuis la guerre, les courriers fonctionnent mal, il faudra beaucoup de temps pour que la situation s’améliore.
« On ne te demande pas un roman, c’est Rudi Gott, le maréchal-ferrant du village qui a parlé, tu diras les choses, c’est tout, comme pour un de tes rapports. »
Brodeck accepte. Au moins d’essayer. Comme dans ses rapports, donc, puisqu’il ne sait pas s’exprimer autrement. Mais pour cela, prévient-il, il faut que tout le monde soit d’accord, tout le village, tous les hameaux alentour. Brodeck est consciencieux à l’extrême, il ne veut rien cacher de ce qu’il a vu, il veut retrouver la vérité qu’il ne connait pas encore. Même si elle n’est pas bonne à entendre.
« A quoi cela te servirait-il Brodeck ? s’insurge le maire du village. N’as-tu pas eu ton lot de morts à la guerre ? Qu’est-ce qui ressemble plus à un mort qu’un autre mort, tu peux me le dire ? Tu dois consigner les événements, ne rien oublier, mais tu ne dois pas non plus ajouter de détails inutiles. Souviens-toi que tu seras lu par des gens qui occupent des postes très importants à la capitale. Oui, tu seras lu même si je sens que tu en doutes... » Brodeck a écouté la mise en garde du maire.
Ne pas s’éloigner du chemin, ne pas chercher ce qui n’existe pas ou ce qui n’existe plus. Pourtant, Brodeck fera exactement le contraire
Interview de Philippe Claudel, Prix Goncourt des lycéens :
Philippe Claudel parle aux lycéens du "Rapport de Brodeck" :
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Pierre MOLINA
Publié le 01/06/2009 à 18:51 par blogart
Jean Teulé – Mangez-le si vous voulez
Julliard – 2009 – 130 Pages
Mardi 16 août 1870, à Hautefaye, petit village du Périgord. Alain de Monéys se rend à la foire locale pour régler quelques affaires courantes. Deux heures après son arrivée, il sera mort brulé vif sur un bucher après avoir été torturé et lynché par une foule devenue animale et sauvage. Fait d'autant plus tragique qu'il est véritable...
Il est difficile de dire quel bon livre ! Car là n’est pas le propos. La note de deux étoiles attribuée à ce récit rend compte de la qualité du style comme toujours chez Jean Teulé, mais aussi de l’intérêt de cette histoire invraisemblable. Comment des hommes peuvent ils devenir si bestiaux dans des circonstances déterminées ? Le récit ne l’explique pas, il relate les faits avec une grande précision. Le procès rend la justice (le lundi 6 février 1871, à 8h31 à Hautefaye, quatre des vingt et une personnes condamnées pour l'assassinat d'Alain de Moneys d'Ordières, sont guillotinées) mais n’explique en rien les raisons du meurtre collectif. La défaite de 1870 contre les prussiens, la pauvreté et l’exaspération des paysans français en cette période de sècheresse (Aout 1870) procurent des circonstances pouvant donner quelques éléments d’explication mais l’essentiel reste inconcevable. Sans aucune raison, 600 paysans s’acharnent contre un homme et vont jusqu’à manger des parties de son corps après l’avoir brulé, effrayant non !
La précision des faits relatés, le talent des descriptions des scènes de torture du malheureux de Monéys nous montrent un Jean Teulé parfaitement à l’aise dans ce récit, toujours truculent et d’un humour plus noir que jamais. Déjà avec ces deux derniers romans « Je, François Villon » et « Le Montespan » (critiqués sur Blogart) on savait Jean Teulé friand de ce type de situation.
Ce livre est clairement violent d’autant plus que ça n’est pas une fiction. Il n’en reste pas moins que l’auteur raconte cette horrible histoire avec un talent qui nous mène de bout en bout de ce livre en quelques heures si on a le cœur bien accroché.
Affreux mais passionnant !
Du même auteur sur Blogart :
Je, François Villon :
http://blogart.centerblog.net/3215544-JE--FRANCOIS-VILLON
Le Montespan :
http://blogart.centerblog.net/5481313-LE-MONTESPAN
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Pierre MOLINA
Publié le 10/05/2009 à 12:00 par blogart
Pierre Combescot – Pour le plaisir et ma délectation charnelle
Grasset – 2009 – 189 Pages
Voilà une excellente biographie d’un personnage, il est vrai tristement fascinant, de l’histoire.
Ami de Jeanne d’Arc et Maréchal de France, Gilles de Rais participera avec son amie Jeanne qu’il admire tant au siège d’Orléans entre octobre 1428 et mai 1429 date ou les Anglais battent enfin en retraite.
Ce livre ne s’arrête évidemment pas à ces faits historiques pourtant marquant pour le chevalier de Rais. Combescot, avec un style remarquable de précision dans le vocabulaire choisi, toujours très efficace, met en évidence la violence inconcevable de nos jours des chevaliers de l’époque.
Gilles de Rais nait dans un milieu que l’on qualifierait aujourd’hui d’hyper violent. Sa famille de haut rang : Père, grand père, oncle mais aussi ses amis sont pour la plupart assoiffés de sang et de combats. Gilles de Rais n’est donc pas qu’un grand malade, psychotique, pédophile dangereux et sanguinaire, ayant, estime t’on aujourd’hui, violé, torturé et assassiné près de huit cents jeunes enfants (Barbe bleue, personnage pourtant tiré de Gilles de Rais, n’a qu’a bien se tenir avec ces quelques femmes assassinées), il est aussi le produit paroxysmique de la société dans laquelle il évolue.
Pierre Combescot fait parfaitement ressortir cette analyse et met ainsi en perspective la personnalité de Gilles de Rais et l’époque de la Guerre de cent ans.
Ce livre ne se contente pas d’une simple description du personnage, il va au-delà en dressant une description sur le vif de la société chevaleresque de l’époque.
Le procès de Gilles de Rais est un régal pour ceux qui aiment l’histoire.
Une biographie palpitante qui interpelle le lecteur chanceux qui a croisé ce livre.
Pour ceux qui après cette lecture souhaitent poursuivre dans ce siècle obscur, je vous conseille le remarquable roman « JE, FRANCOIS VILLON » de Jean Teulé, un véritable chef d’œuvre qui lui aussi souligne parfaitement l’inconcevable violence des rapports humains de l’époque. A lire absolument !
Critiqué dans Blogart :
http://blogart.centerblog.net/3215544-JE--FRANCOIS-VILLON
Gilles de Rais :
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Pierre MOLINA
Publié le 22/03/2009 à 12:00 par blogart
Stefan Zweig – Le voyage dans le passé
Grasset – 2008 – 102 Pages
Rassurez-vous, je ne vais pas me lancer dans une critique d’une nouvelle de Zweig, ou alors dernièrement ayant lu Hamlet et Du côté de chez Swann je pourrais aussi me lancer. Ça serait affreusement prétentieux et totalement inutile mais l’exercice pourrait être amusant si j’avais du temps à perdre.
Alors seulement, pour ceux qui aiment les chefs d’œuvre, (pour ceux qui n’aiment que les navets, à ne pas lire !), la pureté invraisemblable d’un style pourtant traduit de l’allemand (la collection est bilingue pour les chanceux qui peuvent aborder le texte dans la version originale), l’admirable richesse des descriptions psychologiques des personnages et l’intelligence d’une histoire pourtant toute simple, courrez chez votre libraire, impossible d’être déçu.
Très très bonne lecture !!
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Pierre MOLINA
Publié le 15/03/2009 à 12:00 par blogart
Jean-Pierre Luminet – L’œil de Galilée
JC Lattès – 2009 – 375 Pages
Tycho Brahé vient de mourir, Johann Kepler prend le relai.
Le nouveau roman de Jean-Pierre Luminet est le troisième de la série « Les bâtisseurs du Ciel », les premier et second tomes respectivement « Le secret de Copernic et « La discorde céleste » sont parus en 2006 et 2008. Un quatrième roman « La perruque de Newton » clôturera cette merveilleuse série.
Comme vous l’avez compris « Les bâtisseurs du ciel » a pour ambition, à travers quatre romans, de retracer chronologiquement la vie et l’œuvre de quatre génies qui ont bouleversé notre vision du monde.
L’auteur nous aide à prendre conscience de l’incroyable révolution scientifique et spirituelle que fut l’avènement de l’héliocentrisme. Copernic en eut le premier l’intuition, Kepler progressera dans la démonstration et calculera pour la première fois le tracé des orbites planétaires. La vitesse de déplacement des planètes autour du soleil n’est pas constante, les orbites sont donc elliptiques, ovoïdales. Les calculs de Kepler nous donnent pour la première fois une vision globale du système solaire, une vision harmonieuse et cohérente. En effet, en ce début du XVIIème siècle, le géocentrisme ne s’explique plus qu’au prix d’hypothèses de moins en moins acceptables, seule la peur du bûcher maintient cette vision du monde. L’atroce mort de Giordano Bruno reste dans les esprits et bâillonne de nombreux scientifiques de renom. C’est L’Italie de la Renaissance, l’intolérance de l’église de Rome, les bûchers de l’inquisition et le despotisme des Savonarole et autres fanatiques.
Mais Kepler c’est aussi les traités fondamentaux d’optique. Notre atmosphère est un prisme qui dévie la lumière, les astres ne se situent donc pas où nous les observons.
Tycho Brahé mort il y a peu dans ce roman, est resté dans l’histoire pour avoir élaboré la première nomenclature officielle de plus de 700 astres visibles de ses observatoires.
Kepler fut son disciple et s’appuiera sur les tables de Brahé pour élaborer ses théories mathématiques révolutionnaires.
Contrairement au titre quelque peu trompeur de ce livre, Jean-Pierre Luminet, ne décrit que marginalement la vie de Galilée. L’invention de Galilée, la lunette astronomique (L’œil de Galilée) permettra pour la première fois de s’approcher des astres, notamment de la lune, de les matérialiser, de les concrétiser. La très mauvaise vue de Kepler ne lui permettra pas de se servir lui-même de l’instrument.
Les deux scientifiques sont parfois rivaux. L’auteur nous montre deux mondes qui s’opposent. Celui de l’église de Rome qui refuse tout progrès et notamment l’héliocentrisme, monde dans lequel vit Galilée, et celui de Luther parfois plus ouvert au progrès de la science, où Kepler s’émancipera. Mais la société Luthérienne est aussi fanatique, les procès en sorcellerie se multiplient, la mère de Kepler, elle-même, sera jugée et évitera le bûcher grâce à la notoriété de son fils.
Le roman se termine sur l’intuition de Kepler : L’attraction des astres en eux. Tout s’explique par cette force invisible qui relie les astres, la lune et la terre, le phénomène de marées…
Kepler introduit donc Newton et sa théorie de la gravitation universelle, ce que nous verrons dans le 4ième et dernier roman de la série.
Dans ce roman, Jean-Claude Luminet s’attache non seulement à nous décrire les théories scientifiques Képlériennes mais il nous plonge une fois de plus (comme lors des deux premiers romans de cette série) dans la société de cette époque.
Un bon roman à lire si possible après les deux premiers.
Dans ce blog sont critiqués les tomes 1 et 2 :
Le secret de Copernic :
http://blogart.centerblog.net/3222260-LE-SECRET-DE-COPERNIC
La discorde céleste :
http://blogart.centerblog.net/4403001-LA-DISCORDE-CELESTE-KEPLER-ET-LE-TRESOR-DE-TYCHO-BRAHE
Bonne lecture !
Et vous, qu’en pensez-vous ? Votre avis nous intéresse.
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Pierre MOLINA