EXPOSITION Filippo et Filippino LIPPI
« La renaissance à Prato »
Paris, musée du Luxembourg de 25 mars au 2 août 2009
L’exposition Lippi a lieu après l’exposition Mantegna du Louvre en 2008 (critiquée dans ce blog) et en même temps que l’exposition « Les primitifs italiens, de Sienne à Florence » qui se déroule en ce moment au musée Jacquemart-André (exposition que nous critiquerons prochainement sur Blogart).
La vie du peintre Filippo Lippi est, pour un moine des plus originales. En 1456 il est nommé chapelain du couvent de Sainte-Marguerite à Prato (petite ville prêt de Florence berceau de la renaissance) où il rencontre puis séduit Lucrezia Buti une religieuse qu'il met enceinte. En 1457 naît un fils Filippino Lippi qui deviendra le peintre que l’on connait.
La justice florentine compte bien le condamner pour avoir corrompu une nonne, mais Cosme de Médicis, son principal mécène, demandera au pape Pie II, ami de Cosme, de le gracier. Ce qu’il fera. Filippo Lippi épouse Lucrezia quelques semaines plus tard, nous sommes alors en 1458, Lippi a 52 ans.
Filippo Lippi eut plusieurs maîtres dont le principal fût Fra Angelico. Tout comme Mantegna, Lippi rompt progressivement avec le style gothique en apportant dans son art les premières perspectives, la souplesse des drapés influencée par Donatello, l’expressivité des visages et les scènes en mouvement.
Donatello - La vierge à l'enfant :
Admirez la souplesse des drapés, l’expression des visages ainsi que le travail des perspectives très en avance sur son temps.
Filippo Lippi : La Vierge à la ceinture 1456-1465 :
Cette rupture avec le gothique est visible dans son œuvre « La Vierge à la ceinture ».
Remarquez le style encore médiéval du dossier sur lequel la vierge est adossée « s’opposant » à la souplesse des drapés et comparez ces derniers à « La Vierge à l’enfant » de Donatello.
Notez enfin l’expression des visages extrêmement novatrice pour l’époque. Chaque visage exprime une attitude particulière. Le visage de Lucrezia se retrouve dans, parait-il, celui de Sainte Marguerite à gauche. L’enfant en bas à droite serait son fils Filippino.
La pratique de la représentation de personnages connus dans les tableaux religieux, marque une avancée sensible dans l’art pictural.
Il faudra attendre encore un siècle pour voir Le Caravage représenter des scènes religieuses mettant en scène des personnages civils et non plus des saints.
Autre rupture remarquable très bien illustrée dans cette exposition : l’apparition de la perspective et le travail des représentations sur plusieurs plans. Ici aussi, Lippi est influencé par Donatello (remarquez dans « La vierge à l'enfant » de Donatello l’exécution des bas reliefs sur plusieurs plans ainsi que la perspective engendrée par la présence des deux colonnes).
Prenons de même pour exemple « La vierge à l’enfant emmailloté » de Filippo Lippi :
Vierge à l’enfant emmailloté :
Remarquez la perspective provoquée par la niche architecturale qui souligne la profondeur de la toile. Cette exécution est pour l’époque très novatrice.
Notons enfin l’expression du visage de la Vierge qui n’est pas sans rappeler les futurs visages de Botticelli formé dans l’atelier de Lippi avec son fils Filippino.
Comparez le tableau de Botticelli ci-dessous avec l’expression de la Vierge à l’enfant emmailloté de Filippo Lippi :
Sandro Botticelli - Venus et les trois grâces - Détail :
Le fils de Filippo, Filippino, ami intime de Botticelli, ira plus loin encore que son père dans l’expression des personnages. Avec Filippino on entre de plein pied dans la renaissance annonciatrice des génies tels que Léonard de Vinci.
Filippino Lippi - La mise au tombeau :
Remarquez ici l’expression de tristesse des visages qui s’oppose aux visages peu expressifs des saints de l’âge gothique.
Pour le plaisir :
Filippo Lippi- Fra Diamante : La nativité avec saint Georges et saint Vincent Ferrer
La présentation au temple - Filippo Lippi
Filippo Lippi - Annonciation avec saint Julien hospitalier :
Filippo Lippi (auto portrait) :
Filippino Lippi (Portrait supposé de) :
Notons enfin qu’un audio guide assez bien fait est proposé à l’entrée de l’exposition. Celui-ci vous sera utile pour comprendre les subtilités des œuvres présentées.
Nous pouvons regretter que cette exposition ne présente que relativement peu d’œuvres de Filippo Lippi et encore moins de Filippino. Il est vrai qu’une grande quantité de ces œuvres sont des fresques et ne sont donc visibles que sur place.
Alors pourquoi pas un petit voyage à Prato !
Une bien belle exposition.
Bonne visite !
Lecture :
Nous vous recommandons la trilogie de Sophie Chauveau sur les vies de Lippi, Botticelli et Vinci critiquée dans notre blog :
http://blogart.centerblog.net/3622344-L-OBSESSION-VINCI-
Au sujet du Caravage dont nous avons parlé:
Biographie sur Blogart :
http://blogart.centerblog.net/4874728-LE-CARAVAGE
Dominique Fernandez « La course à l’abîme » qui retrace la vie et l’œuvre du peintre.
A lire aussi :
« La vie ardente de Michel-Ange » – Irving STONE – Plon, 1960.
« Au temps où la Joconde parlait » - Jean DIWO – J’ai lu 3443, 1992.
Sur Blogart : Ross King - Michel-Ange et la chapelle du pape:
http://blogart.centerblog.net/3462856-MICHEL-ANGE-ET-LA-CHAPELLE-DU-PAPE
En images :
Expo/Paris : Filippo Lippi, La Renaissance à Prato :
Vierge de la Ceinture :
Annonciation avec Saint Julien :
Exposition Lippi : à Florence :
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Pierre MOLINA