Publié le 15/03/2009 à 12:00 par blogart
Jean-Pierre Luminet – L’œil de Galilée
JC Lattès – 2009 – 375 Pages
Tycho Brahé vient de mourir, Johann Kepler prend le relai.
Le nouveau roman de Jean-Pierre Luminet est le troisième de la série « Les bâtisseurs du Ciel », les premier et second tomes respectivement « Le secret de Copernic et « La discorde céleste » sont parus en 2006 et 2008. Un quatrième roman « La perruque de Newton » clôturera cette merveilleuse série.
Comme vous l’avez compris « Les bâtisseurs du ciel » a pour ambition, à travers quatre romans, de retracer chronologiquement la vie et l’œuvre de quatre génies qui ont bouleversé notre vision du monde.
L’auteur nous aide à prendre conscience de l’incroyable révolution scientifique et spirituelle que fut l’avènement de l’héliocentrisme. Copernic en eut le premier l’intuition, Kepler progressera dans la démonstration et calculera pour la première fois le tracé des orbites planétaires. La vitesse de déplacement des planètes autour du soleil n’est pas constante, les orbites sont donc elliptiques, ovoïdales. Les calculs de Kepler nous donnent pour la première fois une vision globale du système solaire, une vision harmonieuse et cohérente. En effet, en ce début du XVIIème siècle, le géocentrisme ne s’explique plus qu’au prix d’hypothèses de moins en moins acceptables, seule la peur du bûcher maintient cette vision du monde. L’atroce mort de Giordano Bruno reste dans les esprits et bâillonne de nombreux scientifiques de renom. C’est L’Italie de la Renaissance, l’intolérance de l’église de Rome, les bûchers de l’inquisition et le despotisme des Savonarole et autres fanatiques.
Mais Kepler c’est aussi les traités fondamentaux d’optique. Notre atmosphère est un prisme qui dévie la lumière, les astres ne se situent donc pas où nous les observons.
Tycho Brahé mort il y a peu dans ce roman, est resté dans l’histoire pour avoir élaboré la première nomenclature officielle de plus de 700 astres visibles de ses observatoires.
Kepler fut son disciple et s’appuiera sur les tables de Brahé pour élaborer ses théories mathématiques révolutionnaires.
Contrairement au titre quelque peu trompeur de ce livre, Jean-Pierre Luminet, ne décrit que marginalement la vie de Galilée. L’invention de Galilée, la lunette astronomique (L’œil de Galilée) permettra pour la première fois de s’approcher des astres, notamment de la lune, de les matérialiser, de les concrétiser. La très mauvaise vue de Kepler ne lui permettra pas de se servir lui-même de l’instrument.
Les deux scientifiques sont parfois rivaux. L’auteur nous montre deux mondes qui s’opposent. Celui de l’église de Rome qui refuse tout progrès et notamment l’héliocentrisme, monde dans lequel vit Galilée, et celui de Luther parfois plus ouvert au progrès de la science, où Kepler s’émancipera. Mais la société Luthérienne est aussi fanatique, les procès en sorcellerie se multiplient, la mère de Kepler, elle-même, sera jugée et évitera le bûcher grâce à la notoriété de son fils.
Le roman se termine sur l’intuition de Kepler : L’attraction des astres en eux. Tout s’explique par cette force invisible qui relie les astres, la lune et la terre, le phénomène de marées…
Kepler introduit donc Newton et sa théorie de la gravitation universelle, ce que nous verrons dans le 4ième et dernier roman de la série.
Dans ce roman, Jean-Claude Luminet s’attache non seulement à nous décrire les théories scientifiques Képlériennes mais il nous plonge une fois de plus (comme lors des deux premiers romans de cette série) dans la société de cette époque.
Un bon roman à lire si possible après les deux premiers.
Dans ce blog sont critiqués les tomes 1 et 2 :
Le secret de Copernic :
http://blogart.centerblog.net/3222260-LE-SECRET-DE-COPERNIC
La discorde céleste :
http://blogart.centerblog.net/4403001-LA-DISCORDE-CELESTE-KEPLER-ET-LE-TRESOR-DE-TYCHO-BRAHE
Bonne lecture !
Et vous, qu’en pensez-vous ? Votre avis nous intéresse.
Selon leurs pertinences, vos commentaires sont susceptibles d’être publiés à la suite de cet article (nous nous réservons le droit de les publier ou pas)
Pierre MOLINA
Publié le 07/02/2009 à 12:00 par blogart
Olivier Adam – Des vents contraires
Editions de l’Olivier – 2009 – 255 Pages
Sarah est partie, personne ne sait pourquoi. Paul, écrivain laborieux, en attente d’inspiration, et ses deux enfants Manon et Clément en bas âge, se retrouvent seuls dans la vie.
Paul est inquiet, perdu, les enfants dépriment, culpabilisent. Tous trois affrontent une vie fondée sur l’obsédante question : qu'est devenue maman ? Qu'est devenue Sarah ? Est-elle partie pour un autre homme ? Est-elle morte quelque part...? La police est prévenue, on la recherche…
La disparition de sa femme incite Paul a quitté Paris pour Saint Malo, ville de son enfance où vit son frère.
On pourra dire ce que l'on veut de ce livre, et Dieu sait ce que je l'ai trouvé lent (et parfois lassant). Mais une fois terminé, il en reste pourtant un sentiment de tristesse, de mélancolie.
L'extrême lenteur du livre ponctuée par d'interminables descriptions du paysage Malouins, du temps et de marées, soulignent le sentiment d'attente, d’attente du retour improbable de la mère, d'incompréhension totale d’une situation cauchemardesque pour le père et les deux enfants abandonnés.
La tendresse du père pour Manon et Clément, ses efforts pour combler en vain le manque de la mère, rendent ce roman émouvant.
Certains diront que ce roman est trop lent. Soit ! Mais cette lenteur souligne pourtant l'espérance d’une famille délaissée, déchirée par l'angoisse et le questionnement.
A vous de voir...
Bonne lecture
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Pierre MOLINA
Publié le 25/01/2009 à 12:00 par blogart
Paul Auster – Seul dans le noir
ACTES SUD – 182 Pages. 2007
Un homme à l’aube de sa vie attend l’aube du jour.
Il est américain, ancien critique littéraire.
Il rêve dans le noir, allongé sur son lit.
Il se réveille, somnole, bref n’arrive pas à dormir.
Alors, comme typiquement durant ses nuits d’insomnie, il cauchemarde, fait des rêves invraisemblables, puis se réveille et parle de sa vie avec sa petite fille Katya qui elle aussi n’arrive pas à dormir. Elle aussi fait des cauchemars, son ex fiancé Titus est mort en Irak dans des conditions épouvantables kidnappé par des terroristes islamistes.
Paul Auster signe ici un livre atypique, difficile à juger.
D’un style facile et agréable à lire, l’auteur fait le procès de l’Amérique et du gouvernement Bush, ses erreurs politiques, la guerre d’Irak de toute évidence sans fondement pour Paul Auster.
Ses rêves dénoncent la violence du monde, l’absurdité de notre vie, de notre société.
Durant cette longue nuit qui marque l’unité de temps du roman, les confessions du grand père August Brill à Katya sa petite fille, parlent des drames de sa vie, de ses amours déçus, de la jeunesse américaine prisonnière de l’absurdité du monde.
« Et pourtant, le monde tourne toujours » c’est le message de l’auteur.
Un bon roman notamment par la qualité de l’écriture. On peut regretter parfois le mal que l’on a à suivre le fil conducteur du récit. D’ailleurs, y a t-il un fil conducteur ?
Peut-être pas, le monde que nous décrit l’auteur n’en a pas, il est absurde. Ce livre n’est qu’un reflet d’un monde ubuesque. L’auteur nous fait sentir ce malaise. Le malaise américain des années Bush.
Pas mal d’autant plus que le livre est court...
A vous de voir !
Le site : Présentation de l’éditeur Actes Sud
http://www.actes-sud.fr/ficheisbn.php?isbn=9782742780464
Paul Auster :
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Pierre MOLINA
Publié le 18/01/2009 à 12:00 par blogart
SLUMDOG MILLIONAIRE
Date de sortie : 14 Janvier 2009
Réalisé par Danny Boyle
Avec Dev Patel, Mia Drake, Freida Pinto
Film américain, britannique.
Genre : Comédie, Romance
Durée : 2h.
Année de production : 2007
Distribué par Pathé Distribution
Un film très fort ! Sous le prétexte de nous faire participer au suspens « palpitant » d’une partie de « Qui veut gagner des millions ? ». Danny Boyle nous fait visiter l’Inde d’aujourd’hui.
Le spectateur est emmené dans les bidonvilles qui jouxtent les quartiers riches de Mumbai. Ce quart monde où grouillent des enfants orphelins pour une grande partie, laissés à eux même, côtoyant la mort, la violence et l’exploitation d’escrocs sans scrupule.
Le réalisateur nous montre un pays en pleine essor économique. Une Inde tournée vers l’avenir mais qui fabrique autant de misère, de laissés pour compte, que de richesse, de milliardaires.
Danny Boyle s’intéresse à cette pauvreté et la fait éclater à l’écran à travers la vie d’un jeune homme, Jamal Malik, qui grandit dans le dénuement le plus complet.
Comment s’extraire de cette misère dans ce pays où il semble impossible de réussir en partant de rien. C’est le sujet d’un scénario parfaitement ficelé qui repose pourtant sur des flashs back permanents.
Ce film, malgré sa violence est plein d’espoir. Le réalisateur reste résolument optimiste et met en évidence une jeunesse tournée vers l’avenir, bien décidée à construire des lendemains meilleurs. Le clin d’œil au cinéma Bollywood témoigne de cette espérance.
Parallèlement à ce film, je vous conseil de lire l’excellent roman « Le tigre blanc » d’Aravind Adiga (Booker Prize 2008) qui traite du même sujet et qui vous permettra d’approfondir vos connaissances sur l’Inde contemporaine et ses problèmes socio-économiques. Ce livre est critiqué dans ce blog à l’adresse :
http://blogart.centerblog.net/6442314-LE-TIGRE-BLANC
Alors bon film et bonne lecture !
L’histoire :
Jamal Malik, 18 ans, orphelin vivant dans les taudis de Mumbai, est sur le point de remporter la somme colossale de 20 millions de roupies lors de la version indienne de l'émission Qui veut gagner des millions ? Il n'est plus qu'à une question de la victoire lorsque la police l'arrête sur un soupçon de tricherie.
Sommé de justifier ses bonnes réponses, Jamal explique d'où lui viennent ses connaissances et raconte sa vie dans la rue, ses histoires de famille et même celle de cette fille dont il est tombé amoureux et qu'il a perdue.
Bande annonce :
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Pierre MOLINA
Publié le 03/01/2009 à 12:00 par blogart
Stieg Larsson – Les hommes qui n’aimaient pas les femmes (Tome I), La fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette (Tome II), La reine dans le palais des courants d’air (Tome III).
ACTES SUD – actes noirs – 575 Pages T1, 653 Pages T2, 711 Pages T3.
Près de 2 000 pages en 3 tomes, au début ça peut faire peur, mais le battage médiatique et les reportages filmant des tours opérateurs à Stockholm sur les traces du protagoniste Mikael Blomkvist m’ont aidé à me décider et je me suis lancé.
Et bien cette trilogie a un défaut elle est trop courte. Pour ceux qui ne le savent pas certains disent que l’auteur Stieg Larsson avait pour ambition d’écrire un autre volume (est-ce une légende…), une crise cardiaque à l’âge de 50 ans en décida autrement, hélas.
Le style contemporain de l’auteur, structuré par des chapitres très courts aide nettement à la parfaite compréhension d’une histoire de prime abord loin d’être simple.
Pas une seconde pour s’ennuyer, aucune longueur, les personnages vifs et attachants font partie des vos journées durant les quelques semaines nécessaires à la lecture de cette trilogie.
La richesse incroyable de l’histoire tient notamment par l’imbrication de cette saga dans notre monde contemporain, rapide, violent, complexe… De nombreux aspects de notre actualité sont brillamment traités, la mondialisation, l’internet, la justice, la mafia…Sous la plume de l’auteur chacun de ces aspects devient passionnant, les rouages économico-politiques deviennent plausibles, intelligibles…
Bref, cette trilogie est loin d’être une simple intrigue, elle est aussi le reflet de notre société.
Enfin, le lieu de l’histoire (Stockholm) dépayse et s’ajoute à l’originalité du récit.
A recommander pour les vacances ou pour de longues soirées.
A signaler bientôt la sortie du film, en principe le 13 mai 2009 (une co-production suédoise, danoise et allemande).
NB : Je pense maintenant aller visiter Stockholm dès que possible.
Stieg Larsson :
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Pierre MOLINA
Publié le 21/12/2008 à 12:00 par blogart
EXPOSITION Andrea MANTEGNA
Paris, Musée du Louvre, du 5 sept 2008 au 5 janvier 2009
Pour bien comprendre l’exposition :
Andrea Mantegna naît à Isola di Carturo, près de Vicence en République de Venise.
À l'âge de dix ans, il entre comme apprenti et est adopté en 1442 par Francesco Squarcione. Il quittera son maître à 17 ans pour se rendre à Padoue où il sera influencé par Paolo Ucello, Fra Filippo Lippi ou Donatello.
En 1453, il épouse Nicolosia la fille du peintre Jacopo Bellini. Ce dernier va alors fortement influencer le style de Mantegna.
Le peintre quitte de bonne heure Padoue pour passer le reste de sa vie à Vérone puis à Mantoue et enfin à Rome.
A Mantoue, il entre alors au service de Louis III Gonzague, marquis de Mantoue. En 1460, est-il nommé artiste de cour.
En 1488, Mantegna est appelé par le pape Innocent VIII pour décorer de fresques le belvédère d’une chapelle au Vatican, puis il retourne à Mantoue en 1490, où il se lie étroitement avec la marquise Isabelle d'Este pour qui il réalisera de nombreux chefs d’œuvre pour la décoration de son appartement.
Il meurt à Mantoue, le 13 septembre 1506
Andrea Mantegna est un incontournable de la renaissance italienne et plus exactement du quattrocento.
Andrea Mantegna, Prière du Christ au Jardin des Oliviers :
Il rompt définitivement avec le style gothique en plein milieu du XVe siècle.
L’influence de l’antiquité Grec est centrale dans son œuvre. Les sculptures de Donatello marqueront sa manière de peindre notamment l’art du drapé.
L’exposition :
L’exposition retrace chronologiquement l’œuvre de Mantegna. Le choix des œuvres permet de percevoir l’influence de son beau père Bellini sur son art.
Giovanni Bellini, Pietà :
La distinction entre les deux peintres reste toutefois souvent évidente : Mantegna représente ces personnages d’une manière plus sévère, Bellini quant à lui est toujours plus doux et préfère des visages moins angoissants.
Mantegna nous propose une approche plus cruelle de la souffrance du Christ ou des martyres (notamment Saint Sébastien), Bellini met en scène des souffrances davantage marquées par la tristesse.
Andrea MANTEGNA :
Andrea MANTEGNA, Le martyre de Saint Sébastien :
Certaines toiles de Mantegna nous montrent enfin l’influence de la renaissance flamande sur l’artiste à travers l’ajout de détails typiques à la peinture du nord (scènes de personnages, petits lapins animant la toile, objets divers…).
Andrea MANTEGNA, Crucifixion, (Retable de Saint-Zeno):
Les roses de Mantagna, les bleus de Bellini nous laissent pantois. Les deux peintres nous en mettent plein les yeux.
Les chefs d’œuvre viennent du monde entier.
Du sublime, rien que du sublime.
Dépêchez-vous plus que quelques jours, d’autant plus que la dernière exposition de Mantegna date de 2006 en Italie pour fêter le cinq-centième anniversaire de sa mort.
A recommander, l’audioguide très bien fait qui relate l’histoire d’une trentaine d’œuvres exposées. Hélas, le prix de la location de ces appareils reste rédhibitoire (6 €). Il est dommage que pour une telle exposition, le Louvre ne soit pas capable de mettre en ligne un fichier MP3 gratuit de cette exposition comme le fait l’excellent musée Jacquemart André pour l’exposition Antoon Van DICK (Paris, Musée Jacquemart-André, du 8 octobre 2008 au 25 janvier 2009) :
http://blogart.centerblog.net/6229778-EXPOSITION-ANTOON-VAN-DYCK
Site de l'exposition :
http://mini-site.louvre.fr/mantegna/acc/xmlfr/
Pierre MOLINA
Publié le 07/12/2008 à 12:00 par blogart
Catherine Cusset – Un brillant avenir
Gallimard – 384 Pages.
Prix Goncourt des lycéens 2008
Pour ma part, j’aurais donné le Prix Goncourt 2008 à ce roman.
D’une facture très classique, il n’en reste pas moins que, c’est l’un des meilleurs romans de l’année.
L’histoire, en bref : Une famille roumaine vit sous le régime de Ceausescu. Parce qu’elle est mariée à un Juif, Jacob, Elena fuit le régime antisémite, pour émigrer aux Etats Unis avec son mari et son fils. La famille s’intègre alors parfaitement à leur nouveau pays d’accueil, mais le fils épouse une française. Elena s’affronte alors avec sa belle fille, qui, à ses yeux, néglige son fils.
Le roman est construit atour de deux chronologies parallèles : Les souvenirs de la vie d’Elena, de sa jeunesse en Roumanie jusqu’à son arrivée aux USA et la vie d’Helen (Elena) en Amérique dans les années 2000.
La peur de l’éclatement du noyau familial est un thème central du livre. Pour les parents d’Elena, leur fille ne devait pas épouser Jacob parce qu’il était juif et voudrait alors partir avec leur fille en Israël et par conséquent quitter sa famille. Elena n’écoute pas ses parents, l’amour est plus fort, elle épouse Jacob et quitte la Roumanie pour Israël avant d’émigrer aux Etats Unis.
Les années passent et le fils d’Elena épouse une française. Elena et Jacob s’opposent alors, en vain, à ce mariage en prétextant qu’épouser une française c’est, à terme, quitter les USA pour rejoindre la famille de sa femme à Paris.
Les rapports humains constituent le fond de ce roman. Ces derniers sont dépeints avec finesse et sensibilité. Les personnages sont intéressants. On ressent parfaitement la psychologie des protagonistes. Le lecteur entre sans le vouloir dans leur intimité. On se sent concerné par leur existence, leurs problèmes, on voudrait les aider, incroyable non !
D’un style remarquablement fluide, la structure de ce roman, composé pourtant de flash back permanents, reste parfaitement clair et agréable à lire.
Un roman que l’on a envie de relire pour aller chercher de nouvelles impressions, autre chose encore que l’on n’a pas trouvé lors de la première lecture, car soyez en sur, ce roman est riche de sentiments humains que certains diront profonds.
Site du livre avec interview de l’auteur (sur le site cliquez "Catherine Cusset" en bas de l'écran puis sur l’icône "Cinéma" en haut à droite) :
http://www.gallimard.fr/rentree-2008/index1.htm
Pierre MOLINA
Publié le 30/11/2008 à 12:00 par blogart
Atiq Rahimi – Syngué Sabour
P.O.L. – 154 Pages.
PRIX GONCOURT 2008
D’une sobriété rarement rencontrée, ce livre est par son style fort, et original par la manière dont l’auteur approche le sujet, la condition des femmes en Afghanistan.
L’histoire respecte la règle de l’unité de lieu. Une pièce, un matelas, une femme et un mourant. Le mourant ne peut pas bouger. Alité, il est nourri sous perfusion. Sa femme, une afghane soumise, profite de la situation pour se confier librement. Pas de risque de se faire battre, son mari est apparemment dans l’incapacité de réagir.
Alors la femme se plaint, raconte sa vie, la vérité de sa souffrance, de sa condition dans ce pays détruit par les guerres, le fanatisme religieux, la barbarie humaine, la barbarie de son mari réduit à un état végétatif suite à une balle reçue au combat.
L’atmosphère de plomb nous fait ressentir le martyr psychologique incessant de cette femme mais aussi de ce peuple pourchassé par le fanatisme.
Atiq Rahimi aborde un sujet maintes fois traité. Mais dans son roman l’auteur prend le parti de faire parler la martyre elle-même. La force du témoignage prend alors tout son sens. Ce livre est comme un cauchemar dont on voudrait s’échapper, mais impossible…
Ce roman vaut par la pertinence du propos et par son approche anticonformiste.
Pour compléter vos lectures sur ce thème, je vous recommande le roman de Yasmina Khadra (non critiqué dans ce blog) : « Les hirondelles de Kaboul » un livre très puissant qui aborde le même thème, et qui, à mon avis, reste une référence.
Pierre MOLINA
Publié le 23/11/2008 à 12:00 par blogart
Aravind Adiga – Le tigre blanc
Traduit de l’anglais (Inde) par Annick le Goyat
BUCHET-CHASTEL – 318 Pages.
BOOKER PRIZE 2008
Si certains lecteurs se plaignent parfois du manque d’originalité des rentrées littéraires, ce roman nous démontre que celle-ci existe encore bel et bien.
L’inde, est toujours ce pays fascinant mais encore mystérieux pour la plupart d’entre nous. Dans le bouleversement économique contemporain, on parle souvent de la Chine et moins de l’Inde. L’image parfois superficielle que nous entretenons à travers les productions cinématographiques de Bollywood, nous éloigne de l’Inde réelle, celle des castes, celle des extrêmes. Extrême par la richesse de certains et la misère des autres, extrême par la préhistoire des uns et le Hi-Tech des autres, extrême par l’honnêteté des uns et la corruption des autres, extrême par la liberté des uns et l’esclavage des autres.
L’auteur Aravind Adiga nous dresse un portait au vitriole de la société indoue, à travers la vie misérable d’un homme issu des « ténèbres », les classes pauvres, qui cherche à sortir de sa situation d’esclavage pour devenir « un entrepreneur »…
Car en Inde, sortir de la misère c’est aussi combattre les mentalités, les traditions millénaires qui poussent cette société à se développer sur le socle malsain de l’esclavage « moderne ».
« […] on avait ancré en moi le désir de servir : on me l’avait martelé dans le crâne, clou après clou, on l’avait versé dans mon sang comme on verse les eaux usées et le poison industriel dans le Gange. »
Aravind Adiga nous dépeint une société en bouleversement, qui évolue si vite qu’elle gérer prioritairement l’économique au détriment du social. Delhi est une ville qui abrite l’extrême misère, une misère ahurissante, à peine imaginable pour un européen, et le luxe tapageur des hôtels 5 étoiles et des centres commerciaux réservés aux hommes d’affaire, aux classes riches, parfois extrêmement riches.
Ce roman ne laissera personne indifférent. Le style, écrit à la serpe, renforce la violence et la pertinence du propos.
A lire absolument !
Dans une lettre au premier ministre chinois en visite en Inde, Balram Halwai raconte son histoire, celle d'un laissé pour compte du miracle économique indien. Enfant intelligent mais d'une extraction si misérable qu'il ne peut terminer ses études secondaires, il devient le chauffeur d'un nouveau riche de Delhi. Il découvre une Inde prospère et rutilante dont il sera toujours exclu.
Le Tigre Blanc, d’Aravind Adiga, a reçu le Booker Price 2008, le prix littéraire le plus coté pour les britanniques. Le Man Booker Price récompense depuis 1969 les romans rédigés en Anglais par un auteur du Commonwealth.
Aravind Adiga, auteur du Tigre Blanc, est né en Inde en 1974. Elevé notamment en Australie, il a fait ses études en Angleterre. Il a écrit pour le Time et le Financial Times et vit aujourd’hui à Bombay.
Pierre MOLINA
Interview de l'auteur (ENG) :
Publié le 16/11/2008 à 12:00 par blogart
Jean-Louis Fournier – Où on va papa ?
Stock -155 Pages.
PRIX FEMINA 2008
Croire un seul instant que ce livre est drôle, comme certaines critiques ont pu maladroitement le faire penser, est absolument faux.
L’humour décalé de l’auteur n’est qu’un cri, un hurlement de douleur, qui, sous des aspects souriants, dénote l’épuisement d’un père qui « survit » à la naissance coup sur coup des ses deux enfants Thomas et Mathieu handicapés mentaux.
Alors évidemment, certains, dont l’auteur, diront : « mieux vaut en rire qu’en pleurer ». Il est peut-être plus « aisé » d’en parler par le biais de l’humour plutôt qu’en adoptant une attitude et un style dramatique.
Et pourtant, l’aspect bouleversant de la situation apparait très vite au cours du récit.
Dès les premières pages, l’auteur plaisante sur la situation, sur la difficulté d’éduquer ses deux enfants, sur le regard des autres.
Mais l’humour devient pesant, dérangeant, et le lecteur prend peu à peu conscience du calvaire du père. Par un effet de style, l’emploi incessant de l’humour souligne alors l’aspect dramatique de la vie de cette famille. Le cauchemar est partagé, le père souffre bien sûr, mais aussi les enfants, qui, malgré leur handicap endurent leur état. La culpabilité du père est là, toujours présente, comme une douleur qui s’ajoute à la douleur.
Le livre est très court, « tant mieux », peut-être parce que la situation se passe de commentaires, l’essentiel est là, dans ces quelques pages.
Rien à ajouter, no comment !
Pierre MOLINA